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Par on ne sait
quelle démarche intellectuelle biscornue, le Chanoine
Chaligny De Plaine, "reconstructeur" de la Cathédrale
au XVIIIe siècle, décida d'obturer l'essentiel des
ouvertures romanes de l'édifice, et particulièrement
celles du transept bordant le Grand Choeur. La photo
32 montre cet ensemble architectural durant le conflit :
on aperçoit la toiture dévastée de la nef,
les décombres jonchant le parvis et les dégâts
d'un obus sur l'angle saillant du mur du transept. Les vitraux
ont particulièrement souffert des bombardements. Des
ouvertures romanes du XIIe siècle, seule la grande
arcature aveugle avait été épargnée
par De Plaine. Le Portail du Lion placé juste au dessous
est entièrement muré, ainsi que la galerie lombarde
du sommet. Une petite porte percée au 18ème siècle
à droite du portail condamné permet d'accéder
à la petite crypte latérale nord, conservée
par De Plaine.
L'explosion d'un obus dans la partie basse
du mur du transept, à l'emplacement du portail invisible
("découvert" par la suite en 1921), fut
l'occasion d'entamer en 1925 un dégagement à but
archéologique. Son état de conservation après
suppression de la maçonnerie superflue est présenté
par le cliché 33
réalisé au milieu du XIIe siècle dans un
esprit très proche de celui du Portail Royal de Chartres,
le Portail du Lion est presque intact, la sculpture conservée
dans sa quasi-totalité, et seules quatre colonnes et
l'archivolte supérieure (détruites par De plaine)
lui manquent réellement.
Menés sous la
férule du Chanoine Aimond, les travaux de restauration
réalisés en 1930 (seulement) sont très
avancés sur la photo
34 : le parti pris de restauration des volumes romans a
déjà restitué la galerie lombarde couronnant
le transept, reconstruit l'angle du mur et fait disparaître
la petite porte de service. Mais l'essentiel du travail a été
appliqué au portail. La photo
35 nous le présente plus en détail les colonnes
manquantes ont été remplacées, l'archivolte
supérieure reconstituée, les sculptures restaurées
et la tête du Christ complétée. On notera que
le seul chapiteau manquant a été remplacé
mais n'est pas encore sculpté. Une quantité
importante de pierres de taille ont été remplacées
sur toutes les parties, y compris sur
le contrefort roman de
l'abside visible au premier plan (près d'une brouette
évocatrice).
La photo
36 montre l'aboutissement des travaux sur cette partie, alors
qu'un échafaudage monumental est dressé sur la
façade du transept. Le chapiteau brut du portail du Lion a
été sculpté, et sur l'abside on a restitué
une colonne romane disparue au XVIIIe siècle. Enfin, un
perron de sept marches permet maintenant d'accéder au
portail. L'ensemble a définitivement retrouvé sa
cohérence architecturale romane à trois niveaux
d'ouvertures superposées.
Un dernier cliché
(photo 37) a été
ajouté à cette sélection car il est le seul
connu à présenter le Portail du Lion protégé
des bombardements au début de la Seconde Guerre Mondiale
par un épais mur de sacs de terre et un petit toit en
appentis. C'est dire la dimension symbolique qui était
attachée à cette partie de l'édifice,
bénéficiant d'une protection digne des monuments
les plus précieux (et l'on comprend bien
pourquoi...).
Les clichés 38
et 39 présentent
la façade nord de la Cathédrale, et
particulièrement le portail central et les chapelles
gothiques, sans doute en 1919. Moins grièvement touchées,
ces dernières ont néanmoins essuyé la
mitraille, comme par exemple la Chapelle du Chapelet (photo
39) aux vitraux dévastés et dont un contrefort
a été décapité. De manière
générale, les pierres sont criblées d'éclats
de taille variable, ce que l'on ne perçoit que
difficilement sur les clichés. Les tas de gravats
imposants qui envahissent la rue proviennent évidemment
des déblais de la Cathédrale.